Une plaie vive

Ainsi, il est démontré, une fois de plus et très malheureusement, qu’un individu déterminé peut causer beaucoup de torts à une société toute entière. La caisse de résonance médiatique fonctionne à pleins échos et vraies et fausses informations créent un caquètement tintamarresque incessant dans la mare aux canards. Mensonge, titre un grand quotidien. Qui ment ? Qui savait, qui sait ? Qui sait ce qu’on ressent quand on voit un camion foncer sur vous et que vous n’avez qu’une seconde pour réaliser que, oui, il va vous écraser ?

La nation toute entière derrière ses martyrs n’a pas fait dans le recueillement collectif. Les politiques n’ont pas été dignes. Les petits nervi de la droite se sont vite dédouanés en accusant la gauche d’impréparation. La gauche renvoie dans leurs buts une idée du tout-sécuritaire non soutenue par un budget suffisant. L’extreme droite en profite pour redire sa grande idée fédératrice d’une immigration trop facile.

Tout le monde ment et tout le monde a raison. Forcément que les forces de l’ordre n’ont pas vu le coup venir. Nice est une ville calme, jamais une chose pareille ne devait survenir. Le peuple vit dans l’insouciance. Notre société est un ventre mou pour qui voudrait lui donner un coup de poing. Nos valeurs comportent celles de la liberté de circulation des personnes. On peut observer que la prolongation de l’état d’urgence fait pousser des grands cris aux mêmes qui voudraient un risque zéro.

Allez donc voir si en Turquie, l’état d’urgence revêt le même sens. Dans la grande tradition des coups d’états militaires d’Amérique du Sud, un quarteron de généraux (comme aurait dit le Général) a osé imaginer renverser ce qu’il conviendrait de nommer une théocratie rampante. La Turquie est un contre-exemple du respect des minorités, tout en restant candidat à l’entrée dans le club des démocraties européennes. Drôle de paradoxe, sans même parler de l’ambiguïté à ne pas aider les Kurdes à vaincre Daesh.

On n‘y comprend plus rien , dans ce monde arabo-musulman. Ils se tapent les uns sur les autres, à coups de bombes entre chiites et sunnites, à coup de guerre entre salafistes et le reste du monde, à coup de dictatures dont on nous dit qu’elles sont nécessaires à ces peuples trop jeunes pour la démocratie. La Tunisie maintient le cap vers la lumière du phare éclairant la route vers la liberté mais elle est bien fragile.

Une guerre de religion à notre époque ? Mais, il faut qu’ils posent leurs valises, qu’ils regardent les trains qui passent, qu’ils en prennent un, celui de dépôt des armes et nous on arrêtera de déposer des gerbes. On nous décrit ces gens comme les pires sanguinaires qu’il existe. Tu vois, moi, je prends ma guitare, eux, ils prennent leur couteau pour décapiter. On s’amuse comme on peut ? Musulmans, eux ? Ah, oui, la charia, la vérité, la vraie loi. Rien d’autre.

C’est le point commun, le lieu des amalgames, le Livre Sacré, qui réunit la communauté. Nous entendons bien les imams et nos amis proches nous dire que ce n’est pas l’Islam. « L’Islam n’est qu’amour, comme Jesus-Christ, Dieu ne veut pas ça. Nous sommes de votre coté ».  Comment sortir de ce problème qui semble insoluble avec ses communautés ghettoisées  dans des banlieues abandonnées, des personnes authentiquement persuadées de leur bonne foi et qui subissent.

Une révolution intérieure est nécessaire  pour la communauté musulmane. Elle doit réaffirmer son attachement aux valeurs laïques. Elle doit penser séparation de l’état et de la religion. Elle ne doit pas penser conquête et domination. Elle doit admettre les  différences des autres. Camus disait entre ma mère et l’Algérie, je choisis ma mère. Choix cornélien, entre racine et politique, où le sentiment l’emporte sur le rationnel. Il est temps de faire le choix de la raison.

Abandonner son catéchisme pour une vision nouvelle libérée des vieilles écritures. Arrêter de décrypter ce qu’on raconté les ancêtres à une époque où le frigidaire n’existait pas, et pas que… En finir avec les conclusions hasardeuses tirées de leur interprétation. Dieu , s’il existe, se moque bien  savoir  si on respecte les traditions.  Etre poli avec les gens,  respecter le droit d’autrui, ce serait déjà un grand pas en avant .

Ted Cruz, candidat à l’investiture présidentielle , s’est désolidarisé de  Donald Trump et vient de déclarer que « nous méritons d’avoir des dirigeants qui défendent des principes, qui nous rassemblent derrière des valeurs communes, et préfèrent l’amour à la colère »  : un bon signe en ces temps qui courent ?

 

Thrilling nozone

J’ai regardé en replay les Victoires du Jazz 2016. Pinède à Juan les Pins, endroit magnifique, mythique, unique. Un mistral du feu de Dieu à vous faire perdre la note , pas un souffle dans le micros, ingénieurs du son, chapeau !

Ouverture hommage à Prince avec Lucky Peterson, clone de BB King qui reviendra clore la soirée. Purple Rain, façon jazz, Prince dans la cour d’honneur du swing. Succès immédiat appuyé par le présentateur bien propret avec ses frisettes et son nœud papillon et son accent très français quand il tente de s’exprimer dans la langue de Shakespeare : il n’y avait personne d’autre à proposer pour le rôle ?

Allez, ce n’est pas si grave après tout , les interviews, les remises de prix, tout ça a été très vite et grande fut faite la place à la musique.  Premier groupe, intéressant, stressant aussi, le groupe de Pierrick Pedron,  un morceau moderne  , sorte de d’introduction sans fin sur un accord, une voix éthérique doublant le sax dans des longues notes tenues, une jouissance impossible, on n’est pas là pour rigoler, on pourrait croire que Magma les a influencé, j’espère que non, ils en sont loin. Le piano nous gratifie d’un solo : ouf!

Climats, climats, attendre que ça vienne, espagnolades et arabesques, comme dans un film français, c’est long, intellectuel et ça débouche sur des questions. Pas question pour le musicien d’y apporter une réponse, l’expression extatique est retenue jusqu’à la dernière note, précipice abrupt oui chute la montée sonore. Geraldine Laurent au saxophone, que c’est triste Venise, Camélia Jordana à la trompette, Maurice André ou André Jouvin ?

Je ne suis qu’un vermisseau devant ces talentueux musiciens : mais saura-t-on m’expliquer à quoi sert une basse à 6 cordes, si c’est pour en jouer comme d’une guitare ? Ah oui, the « Thrill is gone » le jazz a perdu son swing, qu’on me corrige mais ai-je entendu une seule fois un chabada qui fasse plaisir ? Entre un flutiste qui a trop écouté Jethro Tull ( il a bien fait , tout de même) , un trio minimaliste avec le grand Stephane Belmondo qui nous fait revivre Chet, Stacey Kent qui nous ressort ces « petits riens » , l’electro-funk avec leurs mises en place , la batterie est martelante et ce n’est pas Kyle Eastwood qui nous propose un morceau façon Horace aseptisé Winton qui va nous réconcilier.

On terminera le spectacle avec le gros blues qui tache, Lucky Peterson pour 2 morceaux, comme un trop beau cadeau pour le public qui a eu bien du mérite. Quel paradoxe d’offrir un jazz très sophistiqué et conclure avec 3 accords. Allez tout le monde est content, on tape dans les mains.  Peut-être que j’ai trop écouté le jazz dans les années 70 à la Grande Parade du jazz à Nice, une époque où mon pied s’est mis à battre le sol, de façon naturelle et incontrôlé ?

Du jazz, tout ce qu’on a entendu ? Sans doute, on ne peut pas mettre ça dans la catégorie variétés mais ça m’amène à une réflexion plus large. Si certains musiciens classiques rêvent de faire du jazz, les musiciens de jazz rêvent de faire du rock.  Une réelle perte d’identité. Mais cela se passe dans un monde qui oscille entre fascination des paillettes et évolution des musiciens vers plus de technique. Reste donc un petit carré à préserver, entre nostalgiques  ? Comme disait le présentateur : « ze frile iz gone » …

Le Monde, les Femmes et Nous

S’il n’était question que de femmes 
Le monde dans un unisexe
On aurait tué tous les hommes
Et toutes ensemble sans complexes

Mais il est question de vos femmes
Comme de possessions annexes 
Symboles de pouvoir des hommes
Dura lex sed lex

Peut-être que les poètes se trompent
Que seuls les corbeaux croassent
Dans des paysages où s’estompe 
Tes souvenirs dans la glace

Une idée folle qui s’échappe
Comme une hirondelle au printemps
Avant que l’orage ne frappe
Dans un fracas assourdissant

Anéantissant la musique
Inutile accessoire de la domination
Chantez, ménestrels épiques
Dansez, éternels histrions

Le temps n’est plus compté
Il se répand en histoires courtes
Remplies de monstruosité 
Anecdotique et pour tes

Beaux yeux de louveteau
Brillants de leur ambiguïté
La preuve à la pointe du couteau
Est un symbole de vérité

L’amour vaincra demain
Sur quoi pleures-tu
Ose le dire simplement :
« J’ai peur, je n’en peux plus »

Comme une envie de poursuivre l’histoire
Une ardeur imbécile à nier l’évidence 
Une obstination dérisoire
Dans un silence naïf de l’innocence

N’est-elle pas venu l’heure
Ou par lucidité inattendue
On renonce à l’imaginaire
Comme à sa corde de pendu.

Des croyances

Il est bien des questions que l’homme et la femme se posent. Est-ce que je vais être en retard au bureau ? Est-ce que j’aurais mon pain au chocolat pour mon quatre heures ? Fera-t-il beau demain ? Pourquoi ai-je oublié mon parapluie ? Comment se fait-il que je ne sache jamais où j’ai mis mes clés ? Est-ce que je reste debout ou m’assois-je dans le métro ? Pourquoi les trains n’arrivent pas toujours à l’heure ? Est-ce que je suis obligé de supporter cet idiot que je croise tous les jours au travail ?

Les exemples sont infinis : Des questions simples, de la vie quotidienne, de la condition humaine, de ce fait que l’attraction terrestre attache nos pas au sol. Quand on y réfléchit, elles tiennent un peu de la métaphysique mais elles sont loin de valoir ce que nous considérons comme une question essentielle, celle de notre signification.

Qu’est-ce qu’un être humain ? Que sommes-nous ? De la simple matière réorganisée ou un miracle obtenu par l’action préméditée d’une entité mystérieuse que certains appellent Dieu ? N’existons-nous que le temps de notre vie organique sur Terre ? Entre la réincarnation, la résurrection, l’accès au Paradis ou à l’Enfer, l’immortalité de l’âme, que de propositions ! Que croire ? Qui croire ?

Aucune preuve de l’au-delà n’a été apporté jusqu’à présent. Si, si, cherchez bien, à ce propos, on ne vous raconte que des histoires de « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours » et ce n’est pas dans les « near-death » expériences que vous trouverez un début de réponse. Bien sûr les grands ésotériques pourront vous faire miroiter leurs conclusions certaines, convictions personnelles dont ils sont capables de vous persuader, grâce à leur magnétisme. On a tellement envie qu’on vous réponde.

Croire n’est pas évident. L’éducation y contribue largement, surtout religieuse et c’est bien surprenant qu’en ce nouveau siècle, peu de personnes n’est pas subi un catéchisme quelconque. L’athéisme n’est pas si répandu que ça. Pourtant, dans la recherche d’une réponse, il faut essayer de se désinfluencer de l’éducation reçue. On ne peut pas prétendre discuter de la vérité d’une croyance sans avoir fait le vide.

C’est déjà un pas énorme que de mettre en doute les fables et autres paraboles qui sont des tentatives de simplification de la réponse mais même celui qui ne croit à rien doit admettre qu’il base sa pensée sur une subjectivité. Cette façon obligatoire d’appréhender le monde. Rien n’existe qu’à travers notre prise de conscience, parce que l’on est vivant. L’objectivité est impossible.

La construction d’une réalité ne se fait que dans un système donné. Donné par qui, comment ? Il est donné par ce qu’on peut en définir et ce n’est que de découvertes en découvertes qu’on lève le voile sur notre nature. Récemment, le concept de « matière noire » nous fait comprendre que nous ne connaissons que 10 % de ce qui existe, ça rend quand même bien modeste le scientifique. Le système doit être compris comme tous les éléments contributifs à l’acquisition de données, de nos cinq sens, des instruments que l’homme à inventé, de ce que peut en déduire notre cerveau et l’intégrer en tant que pensée rationnelle.

On peut bien croire que la pêche aux moules est ce qu’il y a de plus important au monde et en limiter la description à ce niveau. Je pêche des moules, je les mange, j’aime ça, le monde n’est pas plus compliqué, j’en suis heureux. Heureux ? Qu’est-ce que ce concept ? Bonheur individuel, bonheur collectif, quelle finalité ? Le romantisme opposé à l’utilité. Que sert-il de vivre si on ne connait rien de la joie ? Le bonheur nous ouvre-t-il une porte vers la vérité ?

Intuitivement, n’avons nous pas en commun de sentir une exigence naturelle, intrinsèque, objective, d’avoir envie de gaité, de rire, d’être respectueux ensemble, de vouloir le bien ? Encore une illusion, le fruit d’une culture traditionnelle ? Au pire, un artefact, une fausse route, un « vivre ensemble » abominablement normatif, destructeur d’une voie personnelle à jamais impossible. La négation même de notre quête de vérité. La barrière au sixième sens et à la transgression.

Les questions sont comme un jeu de billard, les boules tapent dans le crâne jusqu’à la migraine et l’on n’a pas avancé d’un pouce. Croire n’est qu’un pansement sur une plaie ouverte. Finalement, nous ne sommes qu’une blessure, un symptôme infinitésimal d’une maladie incompréhensible et surtout inguérissable. Cela peut conduire à considérer notre existence comme bien inutile. Comment, dès lors, trouver la force de vivre ?

A contrario, c’est d’une grande prétention de conclure, sur cette base, qu’on n’est rien et que l’on ne sert à rien. Naitre et aussitôt mourir, alors ? Aucune issue ? Vanité de l’homme, pas qu’un peu. Quelque soit sa position sur la croyance, il se raconte une histoire, se construit un échafaudage et respire tant qu’il a de l’oxygène. Simple instinct animal de vie. Acceptons au moins cela. Acceptons aussi que notre « intelligence » nous rende la vie différente en ayant transformé des besoins en envies.

Chacun décidera de prendre ou de laisser les complications envahir ses pensées. Il est effectivement très douloureux de se frapper constamment la tête contre une porte qui ne s’ouvre pas. Le mystère reste entier et en soi-même, nous devons adopter une stratégie pour défendre sa position et revenir à la lutte. A ce prix, certains soirs, on pourra s’endormir l’âme en paix, avec une fragile trêve dans nos incessantes batailles psychiques.

Opinion molle

Hollande

Tout le monde le détruit, tout le monde le critique, il a des sondages dans les chaussettes. Pourtant , il est bien là, discourant, président, au sommet de notre hexagone, dans ce qu’on pourrait voir comme un dernier pré carré. Cambronne à Waterloo, attendant Grouchy. La bataille n’est pas terminée. On se bat jusqu’au bout. Dame, l’exemple de Mitterand qui n’a rendu le pouvoir à la droite qu’en dernier recours, il l’a bien imprimé dans sa stratégie. Les rouages de la République Française n’ont pas de secrets pour lui.

Qui la connait mieux que lui, d’ailleurs ? Patient écolier de l’apprentissage du monde politique, ayant vu de quoi les uns et les autres sont capables, les états d’âme qui ne comptent pour rien sont la plus grave erreur qu’on puisse commettre. Ne voyez pas en François Hollande un mou, un faible. C’est tout le contraire. Il n’est pas le seul à mesurer exactement les défilés possibles dans lesquels s’engager pour continuer sa politique car il en a une : le socialisme.

On pourra discuter sur son échec, mais pas sur son idée première, ni sur sa façon de considérer les événements. Le contraste avec le prédécesseur à l’Elysée est patent. Il n’a pas commencé par bousculer les institutions mais la société en faisant voter la loi sur le mariage homosexuel. Rétrospectivement, les manifestations des anti-mariage-gay ont disparu dans les oubliettes de l’histoire. Que c’est loin déjà. A-t-il fait une révolution économique ? Hein, où ça ? Une tentative de régler la dette ? Un capitalisme financier ennemi vaincu ? Le chômage a reculé ?

Non, c’est en chef de guerre qu’il a trouvé sa dimension étatique : guerre au Mali, qui le reprocherait ? Si on n’a pas compris que cela fait partie de la lutte contre le terrorisme, on a loupé un épisode de la saga mondiale des barbus… Bon, je lui reprocherais de ne pas avoir vendu les Mistral à la Russie, surtout si c’était pour les retrouver partenaires de lutte en Syrie ? A part perdre encore du pognon, je vois pas ce qu’on a gagné à refiler les navires à l’Egypte qui les paye sur une ligne de crédit saoudienne ?

Un bon point de nous avoir largué le père Ayraud, retourné dans le marécage nantais qu’il faudrait transformer en aéroport. De loin, on se demande bien pourquoi cette petite ville côtière, naguère florissante du commerce triangulaire, nécessiterait l’augmentation de son traffic aérien ? Il n’y aurait pas dans la cambrousse des zones plus faciles, moins problématiques, coté environnement ? Nantes, c’est si loin que ça de Paris ? Pendant qu’à Beauvais, les low-cost cassent le marché du traffic aérien ? Une logique dans tout ça ?

Manuel, le petit toréador, fier catalan dont nous avons l’énergie créatrice au service de la France. C’est facile de le critiquer, aussi, surtout si on est de gauche, de très très à gauche. Reniement des valeurs populaires, compromission avec le patronat, les pieds dans les chaussons de la République , à croquer pour sa pomme les petits avantages, petit coq monté sur ses ergots, défendant à la fois sa survie politique et l’idée qu’il a d’une France juste face à une conjoncture difficile qui ne permet toutefois pas d’afficher un triomphalisme excessif.

Croit-on que le pouvoir de décider est une chose facile ? Arrivé aux commandes, ne regrette-t-on pas la fascination qui vous a fait y arriver ? Quoi de plus noble que de servir la République ? De la protéger du risque totalitaire ? Où ça ? L’extreme-droite ? Mais non, l’extreme-droite s’affiche comme le plus démocratique des partis, fustigeant d’ailleurs la moindre contradiction de la République qu’il faudrait mettre au pas, au pas de l’oie, pour ces nostalgiques du fascisme. L’avènement de l’évidence à courte vue pour des solutions simplistes. Fermons nos frontières, redevenons le petit royaume de France au temps de sa splendeur (c’était quand ?) et fouchtri-fouchtra, ce qui est à moi est à moi, pourquoi devrais-je partager ?

Ignorance de la « mondialisation », par un mécanisme autistique, un syndrome d’Asperger politique, l’enfant qui grandit en ignorant le monde, refermé sur ses petits dessins dont la signification nous échappe. Et bien, mettons les autistes au pouvoir, pourraient-ils faire pire que les hystériques ou les paranoïaques ? Partons à l’aventure du testing politique, on a tout essayé, voyons ce que le front saura faire : on n’aurait rien à perdre. Rien à perdre ? Avons-nous bien réfléchi ?

On pourrait bien perdre son âme et alors, est-ce que c’est vraiment si important ? La philosophie du Bon Dieu, on a vu où ça mène, au droit des minorités et puis ensuite au communitarisme. Les braves gens font vite leur compte avec l’argent du bon beurre. L’abcès calaisien irrite l’épiderme, comme un bouton à l’entrejambe et il est bien d’autres taches dans le désordre de cette société française à la fois si décriée et si enviée. Baladez-vous un peu dans ce beau pays, revenez de l’étranger et revisitez nos paysages, voyez comme les gens peuvent être gentils, renversez la lorgnette.

Alors qui mettra-t-on à l’Elysée en 2017 ? Le trombinoscope des prétendants n’a rien de drôle : Juppé, avec sa sagesse acquise dans toutes les belles provinces ? Le Pen, avec sa façon inédite de repenser la république, Bayrou qu’on nous resservira sans doute, Sarkozy qui tel un vieux cheval de retour veut encore croire à sa chance (outsiders s’abstenir)? Au bout du compte, sans avoir été un fan de la première heure, François Hollande n’est-il pas le moins mauvais choix ?

La solution

Il est une voix
Il est un chant
Ils résonnent à tue-tête

Il est une voie
Il est un champ
Ils frissonnent sans maîtres

Sans secours ni alternatives
Ils progressent en demeurant
L’idée qui les a vus naître

Cassées les codifications
Rompues les évidences
Les poses convenues

La colère gronde
Comme un mauvais conseil
Laissant un goût amer de vérité

Recrachant l’imbécile ardeur
Des arrivistes poilus
Dont les gains dérisoires

Qui les laissent à leur rêves
Et à chacun le droit
Quand on se croit pareil

On est tout à la fois
Un héros pathétique
Un salaud magnifique

Enfants de choix
Héritiers de nos erreurs
Vous regarderez nos bêtises

Elles sont énormes
Vous n’auriez pas mieux fait
Et vous en ferez d’autres

Moi je vous dis : tant mieux
Cassez tout et merde
La vie est si courte.

Deuxieme Tour

Ici on en a rêvé, on est allé en chercher 200 de plus, face au candidat du système, on la voyait bien gagner, la petite Marion qu’elle est si belle et si gentille et qu’on allait enfin en sortir de l’UMPS responsable de tous les maux. Déception dans les foyers tranquilles de Saint-Cézaire ? Mais de quoi avait-on peur ? Le calme revenu dans les rues et les places rassurera, on l’espère, le citoyen, la citoyenne. Allez, je taquine mais en même temps je suis satisfait du résultat. Je ne crois pas que jamais je pourrai rejoindre la pensée fasciste et de fait, constater encore une fois que le vote démocratique lui a fait barrage, même si la chambre régionale va être bien bleu foncé, nous donnera, c’est un avantage, l’opportunité d’observer l’opposition nouvelle à l’œuvre. Allez, ça ne sera pas triste, on a bien d’autres soucis.

Du sol au grenier Apparait, comme un éclair, dans le brouhaha dialectique cent fois mâché et recraché, une nouvelle expression. Personnellement je l’ai entendu dans la bouche de Mme Marechal-nous-voilà-LePen, hier soir dans sa pathétique prestation tardive en tant que candidate vaincue aux élections régionales de 2015, face à un Christian Estrosi, notre moto-didacte dont elle pensait faire une bouchée. C’est là qu’on découvre que les élections sont un métier et que le clan niçois avait une longueur d’avance.

Revenons à cette expression curieuse. Le plafond que pouvait atteindre le vote Front National était jusqu’à présent considéré comme impossible à soulever. Dame, comment feriez-vous, chez vous pour, de vos petites mains, certes habiles et courageuses, à rehausser ce qui limite la hauteur de votre appartement ? La doxa était que le vote pour l’extreme-droite n’atteindrait jamais plus que 10 % . Or voici qu’il le dépasse.

C’est ici que se place la dialectique frontiste dans tout son art : « Voyez, chers amis, le plafond n’était qu’un « plafond de verre » : libérez vos energies, le couvercle, le carcan, le verrou, tout cela saute, devant la volonté du peule souverain ». Là encore, on vous trompait. Il n’y a pas de limite, pas de plafond, la lutte du Front pour le pouvoir dans cette démocratie stupide est ainsi justifiée, renforcée, par la possibilité de la réussite. Griserie des premiers instants de victoire, instants magiques où l’on récolte le fruit d’une campagne électorale dans laquelle on fait croire que demain, on rase gratis.

L’image est belle, les martyrs étouffés dans la cage au plafond de verre. Les patriotes bâillonnés peuvent enfin crier tout haut victoire et chanter fort leurs hymnes martiaux. Ah, oui, parce qu’on est patriote, « nous », tandis que toi, que moi, nous sommes sans doute des traitres à la solde de l’ennemi. D’une façon ou d’une autre, ils faudra bien s’occuper de ces gens-là … Oui, oui, ces gens là à qui le « plafond de verre » rappellent plutôt le fracas des vitres brisés de ce qu’historiquement, on a appelé la « Nuit de Cristal » dans les années 30.

Je suis persuadé que le parallèle n’a échappé à personne et surtout pas à ceux qui ont « inventé » l’expression. Elle fait partie de ce ces multiples « éléments de langage » chers au marketing politique. Glissez toujours un petit point Godwin, ça ne fait pas de mal. D’autant que le journaliste de base reprend l’expression comme si elle était anodine. Elle ne l’est pas, elle est pour tout dire, pourrie, comme le fruit empoisonné de la méchante sorcière.

Cendrillon, méfie-toi.

 

 

Espace perso de Paul Lombard